Deux classes fermées à la rentrée. Sept élèves refusés à l’internat pendant l’été. Au collège Éléonore-de-Provence de Monségur, les enseignants y voient un seul et même problème.
Mardi 29 septembre, la fonction publique était appelée à la grève dans toute la France. À Monségur, une partie de l’équipe du collège s’est rassemblée devant les grilles, soutenue par des parents d’élèves. REM était sur place à 8 heures. Les enseignants accusent l’administration de refuser des élèves, puis de fermer des classes faute d’élèves.
Deux classes en moins, des salles pleines
Le collège est prévu pour trois classes par niveau. Cette année, la sixième et la cinquième n’en comptent plus que deux. Dans chacun de ces niveaux, une classe a 29 élèves, l’autre 30.
Trente, c’est la limite officielle. C’est aussi le nombre de places assises dans une salle. Le collège accueille pourtant des élèves de l’ULIS, qui ne comptent pas dans ce calcul.
L’ULIS est un dispositif pour les élèves en situation de handicap. Ils suivent une partie des cours avec leur classe, souvent avec un adulte qui les accompagne. Avec eux, une salle prévue pour 30 accueille jusqu’à 33 personnes.
« Il faut aller chercher des chaises, aller chercher des tables », décrit un membre de l’équipe. Selon lui, le suivi promis aux élèves n’est plus assuré comme il le devrait. La gêne est plus forte en sixième, et dans les cours de langue où chacun doit pouvoir parler.
Le paradoxe pique. Ce collège a fait le choix d’accueillir des enfants en grande difficulté, avec des enseignants formés pour ça. « Et en même temps, on met des conditions qui font qu’on ne va pas les accueillir », regrette Rémi Poymiro, professeur d’éducation musicale.
L’internat, au cœur de la colère
Le collège porte le label « internat d’excellence ». Le nom trompe. Ce n’est pas un internat pour élèves brillants.
Il accueille des enfants envoyés par les services sociaux ou par un juge. Pour eux, vivre au collège la semaine vaut mieux que rester dans leur famille. « C’est un peu aussi pour protéger les élèves », résume Rémi Poymiro. D’autres internes viennent pour la section jazz, qui fait la réputation du collège, selon
Sud Ouest.
En juillet, le collège avait accepté cinq dossiers d’élèves de cinquième. Pendant l’été, ces demandes ont été refusées au motif qu’il y avait déjà trop d’élèves. Deux élèves attendus en quatrième ont aussi été refusés. Bilan : sept internes en moins. M. Guillard, professeur lui aussi, rappelle un détail qui fâche. Il y a quatre ou cinq ans, on reprochait au collège de ne pas assez remplir son internat.
Dans le même temps, une classe de cinquième a fermé, faute d’inscrits suffisants. Pour l’équipe, la boucle est bouclée. On refuse des élèves, puis on ferme une classe parce qu’il en manque. D’après
Sud Ouest, l’internat garderait une quinzaine de places libres.
Un exemple revient souvent. Dans une même famille, un enfant a été accepté à l’internat, l’autre non. Les services sociaux cherchent pourtant à ne pas séparer frères et sœurs. « Ça fait des dégâts collatéraux », soupire Rémi Poymiro.
La décision finale revient à la Dasen. C’est la direction académique, qui pilote l’Éducation nationale dans le département. Sollicitée par
Sud Ouest, elle n’avait pas donné suite.
Un équipement payé par le Département
Les rôles sont partagés. Les communes gèrent les écoles, le Département les collèges, la Région les lycées. L’Éducation nationale, elle, recrute les personnels et affecte les élèves.
Le Département a beaucoup investi dans ce collège et son internat. « Il faut que le Département ait conscience que le bel outil qu’il a construit va être sous-utilisé », alerte Rémi Poymiro.
L’équipe redoute une suite. Un collège qui perd des élèves pourrait un jour être regroupé avec un voisin, pour faire des économies. Les enseignants le disent eux-mêmes : c’est une supposition. Mais elle inquiète dans un territoire rural. « En mettant en péril un établissement comme le nôtre, on met en péril le village. »
La députée a écrit, sans réponse
Mathilde Feld, députée La France insoumise de la 12e circonscription de la Gironde, était présente. Les enseignants l’avaient alertée début septembre. Elle a ensuite écrit au Dasen, le directeur académique.
Quinze jours plus tard, aucune réponse. « Pas de son, pas d’image », lâche-t-elle. Elle promet de relancer.
La députée conteste le lien fait entre la baisse du nombre d’élèves et la fermeture de classes. Pour elle, moins d’élèves, c’est l’occasion d’améliorer les conditions de travail. Elle va plus loin. Selon elle, « on organise la carence », c’est-à-dire le manque, pour justifier les fermetures. Elle y voit du cynisme.
Elle rappelle aussi qui sont ces internes. Des enfants qui ont besoin de sortir de leur famille, à l’heure où l’aide sociale à l’enfance traverse une crise profonde.
Les enseignants aussi en paient le prix
Fermer une classe, c’est supprimer des heures de cours. Le dernier professeur arrivé risque alors de devoir compléter son service ailleurs. Autrement dit, faire une partie de ses heures dans un autre collège.
Les noms tombent vite : Duras, Sauveterre-de-Guyenne, Pellegrue, Sainte-Foy-la-Grande. « Quand on est sur deux établissements, on est tout le temps en déplacement », explique Rémi Poymiro. On s’investit moins dans les projets.
Pour éviter ces départs, le chef d’établissement ajuste les emplois du temps et ajoute des heures. Tout le fonctionnement de l’équipe en pâtit.
Plus largement, l’équipe parle d’une perte de sens. Elle dénonce des consignes qui se contredisent. On reproche aux professeurs de ne pas pousser les élèves vers l’excellence. Mais on leur demande aussi d’être moins sévères sur les notes qui comptent pour le brevet.
Rémi Poymiro, trente ans de métier, apporte une nuance. Pendant vingt ans, il ne faisait pas grève sur les salaires. Aujourd’hui, il voit son pouvoir d’achat baisser. « Mais l’objet de notre mobilisation n’est pas du tout là », insiste-t-il. L’objet, ce sont les conditions offertes aux élèves de sixième et de cinquième.
Ce mardi, selon le rectorat cité par
Sud Ouest, 11,4 % des personnels de l’Éducation nationale étaient en grève en Gironde. L’académie prévoyait 590 collégiens et lycéens de moins dans le département à cette rentrée, soit une baisse de 0,5 %.
Comment soutenir le collège
Les enseignants ont distribué des tracts à toutes les familles. Beaucoup de parents étaient là ce mardi matin.
Pour l’équipe, c’est la clé. « Quand ce sont les enseignants qui râlent… Quand ce sont les parents, c’est une autre dimension », constate un professeur. Il appelle les associations de parents d’élèves et les collectifs à se faire entendre. Et chaque habitant peut écrire, se mobiliser.
Reste une question, posée à la Dasen et toujours sans réponse : pourquoi refuser des internes quand il reste de la place ?
Interview réalisée par Mathieu Romain pour La Matinale de REM, 98.4 FM, le mardi 29 septembre 2026 à 8 heures, devant le collège de Monségur, avec Rémi Poymiro, M. Guillard et la députée Mathilde Feld. Propos resserrés pour la lecture.
Sources
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- Interview enregistrée par REM, mardi 29 septembre 2026.
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