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REM Radio, l’autre Gironde REM Radio
Un témoin de l’intérieur sur les années où Radio Entre-Deux-Mers a failli disparaître.
Témoignage recueilli par Mathieu Romain — Sauveterre-de-Guyenne, été 2026
Son récit n’est pas un document officiel. C’est une mémoire d’homme, avec ses trous et ses raccourcis. Nous l’avons recoupé avec les archives publiques quand c’était possible. Ce qui suit distingue toujours ce qu’il a vu de ce qui se disait.
Au départ, il n’y a rien de solennel. Gilbert enregistre des programmes de radio sur sa chaîne hi-fi, chez lui. Il collectionne. Il archive. Autour de lui, on trouve ça un peu bizarre.
Un ami lui parle de la radio de Sauveterre-de-Guyenne. Il y monte avec deux ou trois de ses cassettes. C’est son premier contact avec REM. Il y a du monde, ça s’agite, ça se débrouille.
Il ne sait pas encore qu’il arrive au plus mauvais moment.
« Ça allait mal », résume Gilbert. Deux problèmes se cumulent.
Le premier est financier. La radio accumule des dettes.
Le second est humain. Des querelles de personnes s’installent, avec des élus locaux qui prennent parti derrière. Une animatrice se plaint de ne pas avoir été conviée à la dernière assemblée générale. « Il y avait des choses qui se passaient dans le dos des gens », dit Gilbert.
Les archives confirment le calendrier. En décembre 2004, le CSA enregistre un bureau présidé par Georges Robert. En septembre 2006, il en enregistre un autre, présidé par Olivier Giroux. Entre les deux, la maison a changé de mains dans la douleur.
C’est la partie la plus documentée du récit, et la plus étonnante.
Le 1er août 2006, une association est déclarée à Sauveterre-de-Guyenne. Son nom : Association pour la défense des droits des auditeurs de Radio Entre Deux Mers. Son objet, publié au Journal officiel, ne prend pas de gants. Il évoque une radio de proximité mise en péril, la démission du président pour mauvaise gestion et dettes, et un désaccord sur le respect du cahier des charges imposé par le CSA.
Des auditeurs se constituent en association pour défendre leur radio contre ceux qui la dirigent. À notre connaissance, cela ne s’est jamais reproduit à REM.
Gilbert est entraîné dans l’aventure par la femme qui la lance. Il y reste trois ou quatre mois, d’avril à juillet, selon son souvenir. Il y croise Pierre Daniel, animateur bénévole, qui réalisait des émissions avec les élus locaux et prêtait son propre matériel à la radio en difficulté. Gilbert en parle avec respect.
Très dévoué pour la radio. Il cramait son temps, hein. On ne peut pas dire le contraire.
Gilbert, à propos de Pierre Daniel
L’affaire va au tribunal. Sud Ouest titre alors sur une association d’auditeurs qui assigne le président de Radio Entre-Deux-Mers. Le délibéré est annoncé pour quinze jours plus tard.
Selon Gilbert, il n’y a pas eu de vainqueur. Le tribunal se serait déclaré incompétent et aurait renvoyé les parties dos à dos. Nous n’avons pas retrouvé la décision. Ce point reste un souvenir, pas un fait établi.
Gilbert, lui, s’en va. « Arrêtons les conneries, ces gens qui se chamaillent, que je ne me foute pas là-dedans. »
Dans une période pareille, tout circule. Gilbert le sait et le dit lui-même : il rapporte ce qu’il a entendu, il ne tranche pas. Plusieurs bruits ont couru sur les intentions des uns et des autres. Aucun n’a laissé de trace vérifiable, et nous ne les reprenons pas ici. Ils disent surtout à quel point la radio comptait pour ceux qui en parlaient.
Comment REM s’est-elle relevée ? Gilbert ne le sait pas vraiment.
On ne sait pas trop comment ça s’est redressé, mais enfin, ça s’est fait avec le temps.
Gilbert
C’est peut-être la phrase la plus juste de tout l’entretien. Il n’y a pas eu de sauveur. Il y a eu des gens qui sont restés.
Gilbert a une deuxième histoire à raconter, plus tardive et plus concrète.
Pendant des années, REM a été partenaire d’une saison de théâtre à La Réole. Le billet coûtait un euro de plus, et cet euro revenait à la radio. Quatre-vingt-dix spectateurs, quatre-vingt-dix euros.
Le travail, lui, n’était pas symbolique. Gilbert distribuait les affiches dans les mairies et les commerces, le mardi et le mercredi. Le samedi après-midi, il installait les sièges dans la salle. Seul, le plus souvent.
L’opération a fini par s’arrêter, jugée pas assez rentable. Gilbert n’a jamais accepté ce raisonnement, et son argument mérite d’être entendu par tous les futurs bureaux de la radio.
Ça ne rapportait pas directement, mais ça rapportait une notoriété supplémentaire. Faut pouvoir faire état de certaines activités quand on dresse les dossiers de demande de subvention.
Gilbert
C’est exactement le raisonnement du Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale. Une radio associative n’est pas financée sur ce qu’elle encaisse, mais sur ce qu’elle fait vivre autour d’elle. Gilbert l’avait compris avant qu’on le lui explique.
Il reste une chose à régler.
Tous les disques vinyles de la radio, l’ancien fonds musical, sont chez Gilbert. « Il y a un paquet ! Faudrait un beau jour qu’on les débarrasse. »
Il a aussi conservé des coupures de presse, des comptes rendus de réunion, des rapports financiers, des plaquettes de 2012, un sondage Médiamétrie de la même année, des bulletins de paie. Il propose de les laisser à la radio pour numérisation.
C’est, littéralement, une partie de la mémoire de REM stockée dans un garage de l’Entre-Deux-Mers.
Interrogé sur la répétition des crises, Gilbert ne cherche pas de coupable unique. Il parle de malentendus, de gens qui n’arrivent pas à se supporter, de franchise qui manque dans les rapports.
Et il rappelle une évidence que les associations oublient régulièrement.
Des histoires d’associations et des querelles de personnes ! Des gens qui n’arrivent pas à se supporter… Il faut être deux pour s’engueuler.
Gilbert
Sur le financement participatif lancé en 2026, il rapporte fidèlement ce qu’on lui dit autour de lui, y compris ce qui fâche : certains trouvent que demander de l’argent, « ça la fout mal ». Puis il donne son propre avis, sans détour. Une caisse de sécurité, dit-il, ça sert le jour où l’émetteur crame.
« C’est remarquable », conclut-il.
Ce texte s’appuie sur un entretien enregistré avec Gilbert Dupuy, complété par trois sources publiques : les décisions du CSA relatives aux bureaux successifs de l’AIETEM (2004, 2006, 2008, 2009), la déclaration de l’Association pour la défense des droits des auditeurs de Radio Entre Deux Mers et celle de l’AIETEM elle-même.
Plusieurs noms cités dans l’entretien n’ont pas pu être vérifiés et ne figurent donc pas ici. Les allégations invérifiables et les éléments relevant de la vie privée ont été écartés. Les archives papier détenues par Gilbert restent à numériser : elles permettront de préciser plusieurs points de ce récit.
Ce témoignage complète l’histoire de Radio Entre-Deux-Mers. Vous avez connu REM dans ces années-là ? Écrivez-nous à [email protected].
Écrit par: Mathieu Romain
© REM, radio associative de l'Entre-deux-Mers et du Sud-Gironde · 98.4 FM
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