Tout commence le 6 août 1982, dans l’effervescence du mouvement des radios libres, quand la bande FM s’ouvre enfin aux passionnés. Selon SchooP, la mémoire de la FM, Radio Entre-Deux-Mers émet ses premières ondes sur le 104.2 MHz depuis le lieu-dit Les Gays, sur les hauteurs de Sauveterre-de-Guyenne. À l’origine, un homme : M. Teyssier, un ancien de FR3, qui apporte à l’aventure son expérience de l’audiovisuel public.
L’association qui porte la radio, l’AIETEM, est déclarée dès juin 1982, avec un objet qui dit tout de l’époque : « création d’un poste émetteur à modulation de fréquence ».
En 1985, la radio change de fréquence pour le 90.4 MHz et prend la franchise du réseau Radio Nostalgie. C’est l’époque où beaucoup de petites stations locales s’adossent à une marque nationale pour tenir. Mais l’esprit de l’Entre-deux-Mers est trop attaché à son indépendance : la radio finit par reprendre sa liberté, et son nom.
En 1992, Radio Entre-Deux-Mers s’installe sur le 98.4 FM — la fréquence qu’on lui connaît toujours. Pendant une douzaine d’années, elle vit au rythme du territoire : fêtes de villages, vendanges, vie associative. Cette période reste, dans les archives écrites, la plus discrète. Elle appartient d’abord à la mémoire de celles et ceux qui l’ont faite.
Le début des années 2000 est le chapitre sombre de cette histoire — et nous choisissons de l’assumer, parce qu’il raconte notre résilience. La radio traverse une grave crise financière : dettes accumulées, cotisations impayées, avenir menacé. Vers 2004, une reprise de gestion s’engage. Autour de 2007-2009, une nouvelle équipe reprend le flambeau, négocie des moratoires avec les créanciers et ouvre de nouveaux studios au 4 rue Saint-Romain, au cœur de la bastide.
La renaissance ne se fait pas sans débats : une association d’auditeurs se fait alors entendre publiquement. Preuve, s’il en fallait, que cette radio compte pour son public.
Sauvée, la radio se réinvente. Elle emploie un salarié — Damien, qui animera la matinale pendant quatorze ans — et, ensuite directeur d’antenne et véritable pilier de la radio, fédère une communauté de bénévoles fidèles. Sous la présidence de Francis Virepinte, entouré de Gilbert Dupuy, Frédéric Gerbeaux et Esther Cortazar, la grille se remplit d’émissions faites maison : la culture occitane avec Adishatz, le reggae d’Irie Corner, les souvenirs musicaux, le terroir.
C’est aussi la décennie où REM assume pleinement sa vocation sociale. « Pas d’affolement nous voilà ! » est réalisée chaque mois par les patients de l’Hôpital de Jour de Cadillac ; l’émission du Foyer Lévite est confiée aux résidents du foyer occupationnel de La Réole. Donner un micro à ceux qu’on n’entend jamais : c’est là, dans ces années-là, que la radio a trouvé sa raison d’être la plus solide. Implantée au cœur de la bastide, REM devient un véritable outil de développement local.
En 2021, Francis Virepinte, alors président, prend une décision qui va changer l’échelle de la radio : il recrute Mathieu Romain « pour faire grandir REM ». Journaliste et animateur, celui-ci modernise le site internet, installe une matinale quotidienne de 6h à 9h et remet l’information de proximité au centre de l’antenne — la parole des habitants, des élus, des agriculteurs, des artisans et des associations du territoire, chaque matin sur l’antenne et sur les réseaux sociaux.
À ses côtés, Sébastien Seuve, directeur d’antenne et responsable technique, modernise l’outil de fond en comble : automation, diffusion, programmation musicale, habillage
Ces années portent leurs fruits. En 2023, l’ARCOM renouvelle pour cinq ans l’autorisation d’émettre sur 98.4 FM (décision n° 2023-1067). En 2024, l’AIETEM obtient la reconnaissance d’intérêt général, et remradio.fr voit le jour. Puis vient le moment des chemins qui divergent : en 2025, Sébastien Seuve et Francis Virepinte quittent REM et fondent une webradio à La Réole. On ne quitte jamais vraiment la radio — on change de fréquence. Nous leur devons beaucoup, et nous leur souhaitons le meilleur.
En octobre 2025, Laurent Goudet prend la présidence de l’association et ouvre un chantier peu spectaculaire mais décisif : refonder. Statuts, règlement intérieur, charte du bénévole, structuration administrative, remise à plat des dossiers FSER et ARCOM, cadrage des collaborations. C’est de ce travail qu’est née la charte de Radio Entre-Deux-Mers, qui met noir sur blanc ce que la radio pratiquait sans toujours l’écrire : indépendance éditoriale, ancrage territorial, humanisme, exigence de qualité, valorisation de la culture locale.
En juin 2026, Laurent Goudet passe le flambeau à Cédric Labarbe, jusque-là directeur d’antenne, qui prend la présidence avec Elisabeth Delcamp Minvielle à la trésorerie et Dorothéa Chaplain au secrétariat. Une transmission dans la continuité, comme il s’en est produit quelques-unes depuis 1982.
Aujourd’hui, plusieurs milliers de personnes écoutent et suivent chaque jour la radio qui parle de l’autre Gironde, de Sauveterre à La Réole, de Langon à Castillon. Sous l’impulsion de son maire, Christophe Miqueu, Sauveterre-de-Guyenne a été labellisée « Village d’avenir » et REM entend y prendre toute sa part, avec le projet d’un pôle média citoyen en cœur de bastide. Comme la plupart des radios associatives de catégorie A, elle demeure fragile — largement dépendante du Fonds de soutien à l’expression radiophonique — mais debout, portée par ses bénévoles, par son équipe et par vous. L’autre Gironde a toujours besoin qu’on la raconte.
Vous avez connu M. Teyssier, les studios des Gays, les années Nostalgie ou la radio des années 1990 ? Vous avez des photos, des enregistrements, des souvenirs ? Écrivez-nous à contact@remradio.fr ou passez nous voir au 4 rue Saint-Romain. Chaque témoignage compte : cette page sera enrichie au fil de vos contributions.
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