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L'interview matinale

Franck Assemat : Les Misérables en musique avec Le Grand Kabarov

micMathieu Romaintoday7 juillet 2026 76

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    Franck Assemat : Les Misérables en musique avec Le Grand Kabarov Mathieu Romain


Franck Assemat, la langue de Victor Hugo pour écrin

Culture · Entretien — 16 juillet 2026

Une quinzaine de musiciens, des narratrices, trois places de village. Avec Le Grand Kabarov, Franck Assemat a porté Les Misérables à Sauveterre-de-Guyenne, La Réole et Saint-Macaire. Retour sur trois ans de composition et une vie entière de bifurcations, dans l’interview matinale de Radio Entre-Deux-Mers.

Une clarinette imposée, une bulle jamais quittée

Tout commence par un malentendu. Vers huit ans, sa mère demande conseil au grand-père, forgeron et bugliste dans l’harmonie municipale de Saint-Seurin-sur-l’Isle. La réponse tient en une phrase : « il a qu’à faire de la clarinette ». Conservatoire de Bordeaux, puis l’adolescence et le rangement de l’étui. Reste la guitare, les Beatles, Neil Young, l’envie de chanter. Et surtout ce que Franck Assemat appelle sa « bulle musicale » : une abstraction du monde qui l’accompagne dès qu’il prend un instrument.

En parallèle, la montagne. Frison-Roche, les cartes du massif du Mont-Blanc apprises par cœur, puis l’escalade — pour l’esthétique, la chorégraphie, l’engagement physique. Jusqu’à 35 ans, c’est son moteur premier. Un brevet d’État manqué referme la parenthèse. Éducateur en CAT, il retrouve du temps, puis un poste de professeur de clarinette à l’école de musique de Figeac. L’instrument-prison devient véhicule.

Lire Paris, tomber sur une montagne

Une rencontre amoureuse l’emmène à Paris. Il y fonde l’OVNI’TendeR, orchestre amateur — l’éducation populaire le suit depuis ses années d’animateur en centre social. Et pour connaître une ville qu’il ne connaît pas, il ouvre Les Misérables. Cinq ou six jours de lecture quasi ininterrompue, des réveils à trois heures du matin pour reprendre le livre, un freinage à la fin pour ne pas le terminer. Ce qui l’attrape : la façon dont Hugo plonge dans la profondeur de l’âme, met le doute de Jean Valjean en relief. Une montagne, dit-il.

Trente pages extraites de trois cents

L’idée de la création n’arrive que trois ans avant la première. Installé à Saint-Macaire depuis une dizaine d’années, il y a fait naître Le Grand Kabarov — nom né des initiales de trois fanfares réunies pour une rencontre : Karaboudjan, Barbey, OVNI’TendeR. Le collectif se stabilise, il propose Les Misérables, ils adhèrent, et acceptent trois années d’errances et de bifurcations.

La composition réelle tient en deux mois, de septembre à fin octobre, pour une première le 11 novembre. La méthode : extraire les zones qui bouleversent, lire à voix haute, chercher à la guitare ce qui peut venir étreindre le texte. Car la langue de Hugo a un rythme musical indéniable — c’est déjà une musique. Vents (flûte, hautbois, clarinette, saxophone, trombone), rythmique basse-batterie, chorégraphies de Thierno Ndiaye. Pas une comédie musicale : un écrin. « Ce que je cherche absolument, c’est faire entendre la langue de Hugo. »

Un enjeu qui concerne notre territoire

Trois places publiques, trois soirées gratuites, aucun billet. Le Grand Kabarov a fait le choix de l’espace ouvert à tous, devant les mairies et en bas des remparts. C’est là que se joue quelque chose pour l’Entre-Deux-Mers et le Sud-Gironde : une œuvre exigeante, composée sur place par des musiciens dont ce n’est pas le métier, offerte sans conditions à qui passe. La culture n’a pas besoin de venir de loin pour être haute.

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