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L'interview matinale

Festival Entre-Deux-Imaginaires : musique classique gratuite à Camiran

micMathieu Romaintoday6 mai 2026 284

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    Festival Entre-Deux-Imaginaires : musique classique gratuite à Camiran Mathieu Romain


L’auditeur financier qui traquait l’extase musicale

Par Mathieu Romain — 11 mai 2026

Mathieu Bonnafous se tient devant le micro du studio avec la posture droite de celui qui a l’habitude de rendre des comptes. Pull bleu impeccable, lunettes rondes à monture écaille, barbe grise taillée court. Quand il évoque son métier de conseil auprès des coopératives agricoles, le ton est neutre, ancré dans le réel. Puis la conversation dévie sur la musique. Le débit s’emballe légèrement, le regard change. L’auditeur financier s’efface devant l’organisateur du festival Entre-Deux-Imaginaires. Les 3 et 4 juillet prochains, il compte bien enchanter le village de Camiran à grands coups de violoncelles et de flûtes traversières.

Le renoncement à la médiocrité

Le parcours classique obéit souvent à une logique linéaire : l’école, le conservatoire, puis l’orchestre professionnel. Mathieu Bonnafous a volontairement fait dérailler ce train à l’âge des décisions définitives. Le contact froid des clés en argent de sa flûte ne suffisait pas à masquer une lucidité glaçante sur ses propres limites. « J’ai pas choisi la musique en tant que profession parce qu’à un moment donné, j’ai considéré que j’avais pas les techniques suffisantes pour devenir un bon professionnel », lâche-il sans l’ombre d’un regret. « J’ai fait le choix de faire des études supérieures non musicales, mais de poursuivre ma pratique musicale. »

Il ne s’agit pas d’un abandon, mais d’un changement de stratégie. Refusant d’être un musicien médiocre qui enchaîne les cachets alimentaires, il sépare radicalement son gagne-pain de sa passion. Dans le Nord, d’où il arrive, il prend la tête d’une école de musique. Il comprend vite que la pratique amateur exige une abnégation proche de la folie. Il y a la fatigue des répétitions tardives après le bureau, les crampes, les fausses notes qui rendent fou. « Je dis souvent : la musique, c’est 98 % de labeur et 2 % de bonheur extrême », calcule-t-il.

Ça apporte tellement de bonheur de réussir un morceau, de travailler ce morceau avec des heures de travail, mais surtout au moment où on l’exécute… C’est un bonheur qui est sans équivalent. C’est l’extase.

L’ancrage physique dans la pierre

La quête de cet instant précis nécessite un écrin. La géographie personnelle de l’organisateur bascule au début de la décennie. « 2020, au moment du confinement, on s’est installés à Camiran dans notre belle maison acquise l’année précédente et on est restés », raconte l’intéressé. Loin du bitume bordelais, le silence de l’Entre-deux-Mers agit comme une toile blanche. « On a trouvé notre bonheur à Camiran. »

L’idée d’un événement musical prend racine dans cette topographie. Le festival ne consistera pas à planter une tente en plastique au milieu de nulle part. Les concerts du vendredi soir vont frapper l’acoustique massive de l’église locale. Le samedi, l’herbe du théâtre de verdure accueillera des trios et des quatuors en plein air. La musique doit transpirer dans les lieux du quotidien rural.

Un enjeu qui concerne notre territoire

Faire descendre des instrumentistes de haut niveau dans un village de quatre cents habitants pose un défi brutal : qui va payer ? La musique de chambre traîne une image bourgeoise et élitiste qui effraie les néophytes. Mathieu Bonnafous refuse catégoriquement que l’argent bloque l’accès aux pupitres. « Je ne veux pas de freins économiques pour que les gens viennent en disant ‘ah il faut payer’ etc. », tranche-t-il fermement. « Après il y aura un chapeau qui sera distribué au public et chacun donnera en fonction de ce qu’il a envie de donner et de ce qu’il peut donner. »

Cette gratuité assumée traduit une éthique de l’argent public assez vertigineuse. Derrière l’association, c’est le trésorier qui veille au grain. Il applique à la culture la même intégrité qu’il exigeait des coopératives. Il rappelle d’ailleurs un souvenir déroutant lors de l’organisation passée d’un championnat de cuivres : « J’ai promis à tous les financeurs publics que si je gagnais de l’argent, eh bien je redonnerais à concurrence de leur participation l’argent que j’ai gagné. On m’a dit de garder l’argent. J’ai dit : mais non, c’est votre argent, c’est l’argent public, je le rends. » Une intégrité totale qui rassure aujourd’hui les mairies et intercommunalités soutenant son nouveau projet.

La traque de l’instant pur

Au bout du compte, toute cette architecture administrative, ces recherches de financements et ces réunions sous les néons n’ont qu’un seul objectif : la disparition de la technique au profit du frisson. Le samedi après-midi, les élèves des écoles locales frotteront leurs archets avant de laisser la place aux futurs professionnels du conservatoire supérieur.

Ce que le flûtiste devenu organisateur traque depuis ses dix-huit ans, il espère le voir s’abattre sur les spectateurs assis dans l’herbe au milieu de l’été. La mécanique est simple à décrire, impossible à garantir. « Il y a un passage où les gens s’écoutent et arrivent à faire un seul son », explique-t-il, les mains presque levées pour mimer l’accord. « Et donc là, c’est vraiment l’émotion totale, y compris pour les musiciens, mais aussi surtout pour le public. » Un alignement d’ondes invisibles au-dessus de Camiran, financé au centime près, pour que l’extase soit enfin accessible à tous.

Le festival Entre-Deux-Imaginaires aura lieu les 3 et 4 juillet 2026 à Camiran. Réservations gratuites vivement conseillées sur Hello Asso.

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    Festival Entre-Deux-Imaginaires : musique classique gratuite à Camiran Mathieu ROMAIN


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