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Distillerie Benoît Serres : le pari d'Irène et Laurent Mathieu Romain
Irène s’assoit seule dans le studio ce matin. Son compagnon Laurent manque à l’appel, retenu loin d’ici par les urgences de la vigne sur les 14 hectares du Bosquet des Fleurs. Ils partagent leur quotidien depuis près de quatre ans. L’absence du viticulteur force Irène à porter la voix de leur nouvelle entreprise.
La distillerie Benoît Serres a vu le jour en 1841 du côté de Salviac. L’institution a forgé sa réputation sur son eau de noix et sa liqueur de violette, naviguant d’abord à Valence-d’Agen puis à Toulouse. Jean-Benoît Serres incarnait la cinquième génération aux manettes. Faute d’héritier prêt à reprendre les cuves, il a dû chercher un repreneur externe.
L’idée du rachat surgit lors d’un échange en apparence anodin. Laurent décide de foncer à l’instinct. Irène, ancienne responsable logistique et comptable formée à Artigues, marque un temps d’arrêt face à cette décision. Elle confronte ce travailleur acharné à ses lacunes techniques : « Tu n’y connais rien au monde de la distillerie, toi tu viens du monde du vin. Pourquoi tu pars dans ce secteur-là alors que tout est à apprendre ? ». Le vertige de la nouveauté et l’apprentissage total constituaient l’unique moteur de Laurent.
Ils rapatrient l’outil de production en Réolais. Le couple va jusqu’à récupérer de vieux alambics charentais des années 40, fonctionnant au bain-marie, pour les remettre en état de marche.
Irène bascule dans un artisanat qu’elle ne maîtrise pas. Elle pose une condition stricte pour survivre à l’écrasement de sa vie privée par les impératifs de la liqueur. Une séparation matérielle est bâtie sur le domaine. Une salle de séminaire sert de rempart physique entre leur maison et les machines. « J’ai voulu faire cette séparation entre la vie professionnelle et la vie personnelle », précise-t-elle simplement.
Leur ancrage local se prolonge hors des murs. Irène et Laurent s’engagent comme mécènes pour la quatrième édition de la course caritative Du Cœur en Réolais, dédiée à la cardiologie. Ils tiendront un stand le 31 mai à Saint-Pierre-d’Aurillac pour ravitailler les participants. Leurs productions toulousaines, désormais distillées en Gironde, sont exposées sur benoit-serres.com. La violette a définitivement pris racine ailleurs.
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Distillerie Benoît Serres : le pari d’Irène et Laurent Mathieu ROMAIN
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