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Entre-deux-Mers : bilan d’une saison touristique bousculée

today5 octobre 2026

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Entre-deux-Mers : une saison touristique à l’épreuve du feu, de la chaleur et des budgets serrés

Économie et terroir · Lundi 5 octobre 2026

Moins de passage dans les bureaux d’accueil, Terra Aventura divisé par deux, des familles qui comptent chaque euro. L’Office de tourisme de l’Entre-deux-Mers a présenté ce lundi à Targon le bilan d’une saison 2026 bousculée. Son nouveau président, Bernard Pagès, en a profité pour fixer le cap du mandat : convaincre les intercommunalités de financer davantage un office privé du soutien du Département.

Une fréquentation en retrait dans les bureaux d’accueil

Le point presse s’est tenu au bureau d’information touristique de Targon. Bernard Pagès, maire de Madirac et vice-président de la communauté de communes du Créonnais, présidait la rencontre. À ses côtés, Aurore Dalla Santa, directrice d’Entre-deux-Mers Tourisme, et Sabine Valadié, chargée de la promotion et des relations presse.

Les chiffres présentés s’arrêtent au 30 septembre. Ils ne mesurent qu’une chose : le nombre de personnes qui ont poussé la porte d’un bureau d’accueil. L’office en compte cinq ouverts toute l’année, à Créon, Targon, Sauveterre-de-Guyenne, Monségur et La Réole. Deux autres sont saisonniers, à La Sauve-Majeure et Castelmoron-d’Albret.

La tendance est à la baisse. Aurore Dalla Santa compte sur l’arrière-saison pour en rattraper une partie. Camping-caristes, randonneurs et cyclistes sont encore nombreux, et la fréquentation reste soutenue jusqu’à la fin des vacances de la Toussaint. Le bilan complet, avec les données des hébergeurs, sera publié début 2027.

L’Entre-deux-Mers s’en sort mieux que d’autres. Des offices du sud de la Gironde, plus exposés, affichent selon la directrice une baisse de 40 % de leur fréquentation. « Je pense qu’on a été territoire de repli », résume Bernard Pagès.

Canicule et incendies : une saison d’adaptation permanente

Les épisodes de canicule ont modifié le fonctionnement des bureaux. L’office applique désormais des procédures selon le niveau de chaleur : ouverture plus tôt, fermeture plus tôt, mais pas de fermeture sèche. Des activités ont été décalées tôt le matin ou tard le soir. Le public a suivi et vient plus tôt.

Chez les hébergeurs, la chaleur a figé les séjours. « Les gens sont venus quinze jours, ils ne sont pas sortis », rapportent certains propriétaires de gîtes à l’office. Avec une piscine sur place, beaucoup de vacanciers ont renoncé aux sorties. La restauration a pris de plein fouet la canicule, les incendies et la hausse du prix des carburants.

Les incendies ont ajouté une couche de complexité. L’office a dû suivre au jour le jour les arrêtés préfectoraux, avec leurs interdictions et leurs réouvertures. Les prestataires appelaient pour savoir si les pistes étaient ouvertes, si l’on pouvait marcher en forêt. Bernard Pagès parle d’« une rafale d’interdictions style Covid ».

À Créon, un tournoi international d’échecs a dû être interrompu, alors qu’il se tenait dans une grande salle fermée. Le président de l’office a aussi mal vécu la communication de l’État. Quand la préfète a appelé à ne pas venir en Gironde, il lui a écrit le soir même pour rappeler qu’une partie du département n’était pas touchée par le feu.

Les annulations sont arrivées à retardement. Elles se sont concentrées en août, après les incendies, quand les vacanciers s’inquiétaient des fumées. La situation a aussi varié entre les portes de Bordeaux et l’intérieur des terres.

Un élan de solidarité envers les évacués

Sabine Valadié tient à souligner un point : la solidarité des hébergeurs. Contactés par l’office, des portes de Bordeaux jusqu’à La Réole, beaucoup ont proposé d’accueillir des personnes évacuées. Ces familles ont en partie compensé les annulations.

L’office a monté un tableau des disponibilités et des capacités d’accueil. Il a été transmis aux communautés de communes et aux communes, qui le relayaient vers la préfecture. Des hôtels aux portes de Bordeaux et des gîtes du secteur de La Réole et de Sauveterre ont permis des regroupements familiaux. Aucun décompte global n’existe.

Le lycée de Créon a accueilli un peu moins d’une centaine de personnes, dont des résidents d’Ehpad. Bernard Pagès décrit une organisation difficile : des résidents arrivés sans leurs soignants, des traitements inconnus de l’équipe d’accueil. Il salue en revanche une mobilisation des habitants qu’il juge exemplaire.

Terra Aventura divisé par deux

Les parcours Terra Aventura, ces chasses aux trésors numériques très prisées des familles, accusent une baisse de près de 50 %. Les tempêtes ont ouvert le bal dès les vacances de février. Puis les interdictions d’accès aux forêts ont fermé tout l’été les parcours qui traversaient des zones boisées.

L’application est gérée par le Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine. En cas d’alerte, celui-ci met en maintenance l’ensemble des parcours concernés, sans distinction fine. « Ce n’est pas du sur-mesure, ce n’est pas de la dentelle », résume Aurore Dalla Santa. Les parties boisées sont restées fermées jusqu’à très récemment.

La clientèle de Terra Aventura reste très majoritairement française. Elle vient surtout de la Gironde et de la Nouvelle-Aquitaine, avec quelques joueurs belges et suisses, malgré une application disponible en plusieurs langues.

Des vacanciers qui comptent chaque euro

Le contexte économique a pesé autant que la météo. Au comptoir, les visiteurs demandaient d’abord des activités gratuites. L’office s’attend à une année difficile pour ses boutiques.

« Cette année, c’est arbitré », constate Bernard Pagès. La restauration n’était même plus un sujet, ajoute la directrice : les discussions portaient sur les activités elles-mêmes. Une sortie en accrobranche pour une famille de quatre personnes « n’est pas neutre », souligne le président.

La Station Vélo de Créon, que l’office gère depuis deux ans au bord de la piste Roger-Lapébie, illustre ce basculement. Son activité progresse, mais le vélo à assistance électrique a perdu la première place des locations. Le vélo classique tout chemin l’a repris, pour des raisons de prix.

Pour une famille de quatre, ce choix représente près de 25 euros d’économie par jour, selon Bernard Pagès. De quoi payer un sandwich ou un passage au food-truck. La restauration de rue, elle, fonctionne bien, notamment à Créon. La station vélo a aussi avancé ses horaires, car les cyclistes roulent surtout le matin.

Qui pousse la porte des offices ?

Le profil des visiteurs reste stable. Dans les bureaux, la clientèle girondine et des départements voisins représente toujours environ 70 %. Les étrangers sont d’abord britanniques, puis belges et espagnols.

Les Espagnols continuent de progresser dans le top 5 des clientèles accueillies. Ils s’intéressent surtout au patrimoine et fréquentent beaucoup le bureau de La Réole. Le label Ville d’art et d’histoire de la cité joue en sa faveur.

Chez les hébergeurs, la répartition s’inverse : environ 80 % d’étrangers pour 20 % de Français. Les touristes étrangers préparent leur séjour en ligne et passent peu par les bureaux. Les excursionnistes, camping-caristes, randonneurs, familles et joueurs Terra Aventura, eux, viennent au comptoir.

Les demandes portent d’abord sur le plein air : cyclotourisme, itinérance à vélo, randonnée pédestre. Le patrimoine arrive juste derrière.

La Réole portée par les vélos et les pèlerins

La Réole est le seul grand bureau en nette hausse à fin septembre. Il a pourtant baissé en juillet et en août, comme les autres. Sa progression tient à une avant-saison très forte, en mars et en avril, portée par les cyclistes itinérants et les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Les incendies ont aussi dérouté des cyclistes vers l’Entre-deux-Mers. Selon Sabine Valadié, des séjours prévus le long de la Vélodyssée, sur la côte atlantique, ont été réorientés vers le Canal des 2 Mers à vélo. Beaucoup de ces voyageurs ont terminé leur circuit à La Réole, où la gare permet de repartir en train.

Bernard Pagès, adepte du vélo pliant dans les TER, pointe la limite du système. Embarquer un vélo dans un train régional devient très compliqué, surtout avec des vélos électriques lourds et encombrants. Il veut discuter avec la Région d’un temps de chargement plus long aux arrêts importants, voire d’un compartiment dédié.

Le président voit dans le pèlerinage une thématique à part entière. Le chemin de Compostelle attire désormais des marcheurs aux motivations souvent laïques, en quête de pause et de méditation.

Baignade : les points d’eau se font rares

Pour la troisième ou quatrième année d’affilée, l’office bute sur la fermeture des sites de baignade. En cause, notamment, les cyanobactéries, des micro-organismes qui prolifèrent dans l’eau chaude et peuvent produire des toxines.

Le site de Fontet a peu ouvert. Celui de Blasimon a fermé en cours de saison. La Garonne, à La Réole, a connu ses premières cyanobactéries cette année. Ces lieux sont très fréquentés, par les touristes comme par les habitants.

Pour Bernard Pagès, le manque de points d’eau publics est une contrainte lourde pour le territoire. Il suggère d’explorer des pistes du côté de la Garonne.

Le financement, priorité du nouveau mandat

Bernard Pagès succède à la présidence de l’office avec une gouvernance proche de celle du mandat précédent. Son principal souci est financier. Le Département s’est désengagé et la Région a commencé à réduire son soutien. Le conseil départemental a d’ailleurs voté en juin l’arrêt du financement de Gironde Tourisme à partir de 2027.

Le président veut donc remobiliser les premiers financeurs : les intercommunalités. Six communautés de communes ont délégué leur compétence tourisme à l’office, de Saint-Loubès à Taillecavat, et jusqu’à Auros sur l’autre rive de la Garonne. « On est leur service tourisme », martèle-t-il.

Il veut aussi aller au-devant des communes, qui votent le budget des intercommunalités. La ligne tourisme y suscite souvent des questions. Selon lui, c’est normal : la communication de l’office vise les touristes potentiels, pas les élus, et reste donc peu visible localement.

Des conventions de trois ans vont être négociées avec chaque intercommunalité. L’office veut passer d’un modèle global à du sur-mesure. Bernard Pagès ne donne pas de montant. Il demande au minimum la prise en compte de la hausse des coûts. Pour certaines intercommunalités, la contribution actuelle est selon lui très en dessous du service rendu.

Les pistes du président pour le mandat

Bernard Pagès veut un office composé de « professionnels de l’attractivité ». Il estime que l’équipe connaît le territoire très finement, « quelquefois mieux que les élus ». Il veut aussi renforcer l’image de destination écoresponsable, déjà engagée.

L’office s’est lancé dans une démarche RSO, pour responsabilité sociétale des organisations. Il accompagne les prestataires sur le tri des déchets ou les économies d’énergie. Des hébergeurs formés lors des ateliers de l’office se heurtent à des clients qui veulent tout trouver allumé à leur arrivée.

Le président défend aussi l’accessibilité sociale. À 20 ou 25 kilomètres de Bordeaux, l’Entre-deux-Mers offre un vrai dépaysement à des habitants de la métropole qui partent peu. Le frein reste la mobilité. Hors cars express, les liaisons internes sont rares. Une nouvelle ligne coûte 100 000 euros, et les intercommunalités ne sont pas autorités organisatrices de la mobilité, c’est-à-dire compétentes pour créer des transports.

Il veut développer des thématiques commerciales. Premier exemple : le tourisme de savoir-faire, qui fait visiter des entreprises. La communauté de communes du Réolais en Sud-Gironde fait référence en la matière. Il évoque aussi un circuit des distilleries ou un parcours des brasseurs et microbrasseries.

La taxe de séjour fait partie des chantiers. Bernard Pagès constate une « évaporation », liée notamment aux hébergeurs non déclarés. L’office veut aider les intercommunalités à être plus rigoureuses dans sa collecte. Il veut enfin repenser le travail avec les autres offices girondins, après la fin du service départemental.

En interne, le président a mis l’intelligence artificielle sur la table dès la réunion de lancement. Les voyageurs bâtissent déjà leurs circuits avec des assistants conversationnels. L’office doit rester visible dans ces outils. Bernard Pagès veut en faire un sujet pilote, capable de montrer aux intercommunalités ce que l’office peut leur apporter.

Une saison qui s’étire, une offre à adapter

Pour Bernard Pagès, le tourisme va s’étaler sur toute l’année. Le réchauffement prolonge les beaux jours. Retraités et indépendants voyagent hors vacances scolaires. Le vélo longue distance, souvent électrique, se développe. Les camping-caristes, eux, cuisinent à bord et fréquentent peu les restaurants, et la hausse des carburants peut freiner leur venue.

L’offre n’a pas suivi, prévient Aurore Dalla Santa. Certains sites ferment dès la fin septembre. L’office veut accompagner les prestataires vers d’autres rythmes, et parfois vers d’autres activités, car certaines pratiques estivales sont fragilisées.

L’accrobranche en est le cas d’école. Arbor et Sens, à Saint-Genès-de-Lombaud, n’a pas pu ouvrir en pleine saison à cause des interdictions en forêt. Le parc a reçu 17 000 visiteurs en 2025, selon Bernard Pagès. C’était la première destination du Créonnais, devant l’abbaye de La Sauve-Majeure. Ses gérants s’interrogent aujourd’hui sur l’avenir de l’activité.

Le commerce de centre-bourg doit aussi s’adapter. Dans le Créonnais, Bernard Pagès observe une hausse des locaux commerciaux vides. Des commerces alimentaires de proximité cèdent la place à des boutiques de coques de téléphone, de CBD ou de cigarette électronique.

Les horaires posent problème. Beaucoup de commerces ferment à 18 h 30, au moment où la clientèle arrive, plus tard en soirée quand il fait plus frais. Aurore Dalla Santa suggère que les commerçants s’entendent pour alterner leurs jours et horaires de fermeture. Bernard Pagès plaide pour des renvois de clientèle d’un commerce à l’autre.

Tourisme d’affaires : l’exemple du Domaine d’Écoline

Des partenaires sollicitent l’office sur le tourisme d’affaires, notamment aux portes de Bordeaux. Le chantier a été ouvert cette année. Sabine Valadié a déjà accompagné plusieurs prestataires. Des entreprises cherchent à sortir de Bordeaux pour leurs séminaires, et la saison qui s’allonge joue en faveur du territoire.

Bernard Pagès cite en exemple le Domaine d’Écoline, à Sadirac, à la sortie de Créon. Le site, longtemps tourné vers le maraîchage et la ferme pédagogique, a été repris. Les nouveaux gérants ont renforcé la ferme animalière, très fréquentée par les familles.

Ils ont aussi créé de l’hébergement insolite haut de gamme, rempli à 80 % selon le président de l’office. S’y ajoutent un hébergement de groupe et un pôle restauration. Le domaine a déjà accueilli des séminaires de grandes entreprises comme Michelin ou Safran. Un représentant de l’État doit prochainement le visiter.

D’autres projets d’hôtellerie haut de gamme sont en préparation dans le secteur. Ils s’inscrivent dans le sillage du Château Camiac, établissement de référence à Camiac-et-Saint-Denis.

Vignoble : pas de tendance générale

Chez les viticulteurs qui pratiquent l’œnotourisme, avec dégustations, hébergement, guinguettes ou accueil de camping-cars, le bilan est très contrasté. Certains souffrent de la baisse des ventes de vin, de l’arrachage, de la sous-consommation et des stocks.

D’autres tirent leur épingle du jeu. Bernard Pagès cite des exploitants qui envisageaient de déposer le bilan il y a deux ans et qui s’en sortent aujourd’hui. Pour lui, il n’y a pas de tendance d’ensemble. La différence tient à la capacité de chacun à rebondir, à se diversifier et à fonctionner autrement.

Sources : point presse d’Entre-deux-Mers Tourisme, bureau d’information touristique de Targon, lundi 5 octobre 2026, avec Bernard Pagès, Aurore Dalla Santa et Sabine Valadié ; entredeuxmers.com ; ICI Gironde et Bouger à Bordeaux (fin de Gironde Tourisme) ; ARS Nouvelle-Aquitaine (cyanobactéries).

Écrit par: Mathieu ROMAIN

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