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Patrick Lespès : la voix retrouvée du Sud-Gironde Alain Pierre
Patrick Lespès : la voix retrouvée du Sud-Gironde
Il y a dans la voix de Patrick Lespès la mesure exacte des gens de la terre. Quand il évoque le Sud-Gironde, ses coteaux de vignes et les sables de Budos, son phrasé refuse l’emphase. Au micro de l’émission Adishatz sur Radio Entre-Deux-Mers, le président de l’association La Cabòca s’avance sans posture : il est de ces bâtisseurs discrets qui préfèrent creuser le sillon plutôt que discourir sur la moisson.
À ses côtés, l’enseignante Béatrice Tastet partage cette même ferveur tranquille. Lorsqu’ils dressent le bilan de La Passem — ce relais titanesque de deux mille kilomètres à travers la Gascogne —, Patrick n’égrène pas des chiffres, il évoque des regards. Il parle de ce frisson soudain qui saisit les habitants au bord des routes nocturnes, de ce souvenir des grands-parents qui remonte sans prévenir. Car son moteur intime est là : déverrouiller une mémoire collective que des décennies de silence avaient cru enfouir à jamais.
À Budos comme à Langon, l’atelier hebdomadaire tient moins du cours magistral que de la veillée retrouvée. Pour une poignée d’euros, adultes intimidés et curieux viennent réapprendre les mots de leurs aïeux. Dans le rire franc de Béatrice qui invite à « faire parler le monde », la langue quitte la vitrine des musées pour reprendre sa place légitime : autour d’une table, dans les chants partagés et la connivence des corps. Face aux incertitudes administratives et aux postes d’enseignants itinérants menacés, leur réponse demeure invariable : faire communauté, avec ténacité.
Le portrait trouve son acmé dans un instant de suspension pure, lorsque Béatrice fait résonner un texte de Bernard Manciet. La lande pluvieuse, la boue qui alourdit les pas, l’harmonica des réfugiés et la moustache trempée d’un père : la prose devient incantation. Silencieux, Patrick écoute. Tout est dit dans cette immobilité attentive. L’occitan n’est pas un vestige qu’on préserve par devoir ; c’est une chair vive, un paysage qui continue d’habiter ceux qui refusent d’oublier leur nom.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
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Patrick Lespès : la voix retrouvée du Sud-Gironde Simon Bordelais
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