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Lancer de cruche à Sadirac : la glaise et le cœur Mathieu Romain
Lancer de cruche à Sadirac : la glaise et le cœur
Il y a dans la voix de Jean-Marie Darmian la rondeur chaude du Sud-Ouest et la fidélité des gens de terre. Quand il parle de Sadirac, ancien cœur potier de France aux cent fours oubliés sous le béton des lotissements, il ne convoque pas la nostalgie : il réveille la vie. Créé il y a seize ans avec son frère Alain, le Championnat du monde de lancer de cruche n’est pas une simple farce rurale. C’est un acte de résistance poétique, une manière d’arracher l’histoire locale à l’amnésie en lui donnant des ailes.
Deux kilos de terre cuite, les pieds scellés au butoir, sans élan : seul parle le fouet du bras tendu vers le ciel. Les athlètes y traquent le record des vingt-trois mètres, mais le véritable chef-d’œuvre de la journée s’écrit le matin, lors de l’« Handi-cruche ». Lorsque des résidents lourdement handicapés s’emparent de la poterie pour braver l’isolement, le débit de Jean-Marie s’adoucit d’une pudeur émue. Autour du banquet qui suit, il n’y a plus d’ombres ni de marges : chacun partage le même éclat de rire et le même pain.
Vient ensuite le tour des élus locaux, dont l’orgueil trébuche souvent à trois mètres de la ligne sous les quolibets affectueux de la foule. Des caméras du journal Le Monde aux cris joyeux des enfants, Jean-Marie Darmian orchestre une kermesse républicaine où les statuts s’effacent, où le burlesque répare le monde, et où l’argile ancestrale, ne servant plus à contenir l’eau, relie enfin les hommes.
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Lancer de cruche à Sadirac : la glaise et le cœur Simon Bordelais
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